Comment dissoudre un problème politique sans faire de politique?
dimanche 23 novembre 2008
La question est incontournable. « Le niveau moyen d'instruction de la population étant sans cesse à la hausse, comment se fait-il que la désaffection des citoyens envers la politique soit parallèlement elle aussi en progression » ?
Logiquement, ne devrait-il pas y avoir un effet de renforcement entre scolarisation et participation civique?
Pour expliquer ce paradoxe entre cynisme et éducation, les théories abondent. Une, pourtant, est rarement évoquée. C'est la théorie de la dissolution de certains problèmes politiques par le capitalisme.
Rappel, en cinq énoncés, de la morphologie économique du capitalisme :
1— Le capitalisme se fonde sur l'industrialisation et sur la massification de la production;
2— Cette dynamique fait en sorte que le capitalisme correspond à un régime fondé sur la demande;
3— La demande renvoie à la valeur que le produit incarne pour les consommateurs;
4— La valeur est hautement déterminée par le degré de rareté de l'objet convoité;
Conclusion : Le capitalisme est donc un régime économique qui vise objectivement à abolir la rareté au moyen d’une production accélérée qui se trouve à être au service de la demande.
Ce résumé de l’essence du capitalisme aide énormément à comprendre, en partie, pourquoi la politique fait l’objet d’une désaffection de la part des citoyens – aussi instruits soient-ils.
Par définition, le politique correspond à l’exercice du pouvoir. Le pouvoir, dans une société démocratique, vise à concilier les intérêts divergents qui existent entre citoyens et groupes de citoyens.
Souvent, l’origine des tensions civiques et sociales provient des conditions de raretés qui existent dans la configuration économique d’une époque donnée. Voilà où entre en jeux le capitalisme en tant que forme de dissolution de l’exercice politique.
En visant perpétuellement à massifier la rareté, le capitalisme tue les conditions économiques conflictuelles qui autrement devraient être gérées par le pouvoir politique.
L'exemple des douches communes démontre éloquemment cette puissance qu'a le capitalisme pour faire littéralement sauter des problèmes sociaux qui peuvent paralyser ou empêtrer inutilement le champ politique.
Jusque dans les années 1960, même à Montréal, beaucoup de citoyens ne pouvaient se laver chez eux. Jadis, tous les logements ne disposaient pas de salles de bain complètes comme celles d’aujourd’hui. Les gens devaient se rendre (et pas à tous les jours!) dans des lavoirs communautaires pour entreprendre cette mesure d’hygiène personnelle devenue plus que banale aujourd’hui.
Pouvez-vous vous imaginer toutes les tensions sociales qui resurgiraient aujourd’hui si nous devions retourner à cette façon de faire? Combien de règlements faudrait-il produire pour indiquer : qui a le droit, quand, où, comment l’ont doit aller se laver ? De combien d’efforts de diplomatie faudrait-il faire preuve avec le voisinage pour préserver un climat de bonne entente avec ceux qui entretiennent mal le matériel communautaire?
Ce retour à la rareté impliquerait donc de faire des règles (ce qui est politique) et nécessiterait aussi un processus d’éducation populaire des citoyens pour informer chacun des modes d’emplois appropriés (encore du politique)…
C’est à ce moment précis que le capitalisme permet de dépasser énormément d’inutiles batailles politiques pour la gestion collective de la rareté.
En toute logique, la fin de la rareté mène simplement à la disparition d’un paquet de problèmes politiques. C’est ce qui permet d’expliquer en partie l’origine du cynisme – et même de s’en réjouir modérément. L’être humain n’est pas qu’un animal politique, il a également une vie en dehors de la sphère publique. La disparition de certains sujets politiques, et donc la désaffection populaire qui en découle, signifie parfois simplement la fin de certains problèmes collectifs. Ça a quand même du positif.
19:15 Écrit par Guillaume Lamy 1 commentaire(s)
Libellés : capitalisme, politique, pragmatisme, économie
La richesse en tant que processus
dimanche 7 septembre 2008
La richesse est un objet aux propriétés complexes. Absolument, il faut s’affranchir de l’idée de la richesse fondée sur l'analogie de la caisse aux lingots. Pourquoi donc? Parce que, fondé à partir de cette image, tout exercice visant à penser l'économie se voit déformé.
Pensons-y, si la richesse sociale n'était qu'un généreux coffre de lingots; il ne suffirait qu'à en faire une distribution équitable pour enrayer à jamais toute forme de pauvreté. Tout le monde aurait son lingot. Cette situation mènerait à une richesse perpétuelle pour tout le monde...
Erreur. La richesse n'est pas statique. Elle désigne un processus de production-consommation qui va bien au-delà de l'accumulation de valeur. Consommer n'est pas qu'un synonyme d'acheter : c'est avant tout l'action de détruire par l'usage.
L'idée de richesse doit avant tout être vue comme un processus dynamique. L'analogie de la baignoire a de quoi inspirer. Le robinet coule, mais la baignoire n'est pas bouchée. L'eau qui s'y retrouve disparaitra inévitablement. Logiquement, pour qu'il y ait accumulation (donc richesse), il faudra trouver une façon pour que le débit du robinet soit plus rapide que celui de l'évidement du bassin.
L'analogie est parfaite. Le débit représente la production, le trou, la destruction, et l'eau, la richesse présente dans une société à un moment précis.
La réalité est que toutes les politiques reditrisbutives n’influencent pas la production dans la même mesure. Une structure de redistribution qui présente trop de désavantages envers les producteurs peut avoir des effets pervers sur l'incitation à créer de la valeur.
De bonnes conditions de productions sont essentielles – mais surtout – préalables à la redistribution de la richesse. Ignorer la nature dynamique de la richesse peut mener à un paradoxe profondément désolant en matière de politiques sociales. À redistribuer sans réfléchir, on se retrouve à tuer les conditions nécessaires à la création de valeur. Réduire la création de richesse aboutit simplement à une détérioration globale du niveau de vie et à un affaiblissement des leviers économiques d’une société. Et voilà en quoi l’ironie est désolante, ce sont généralement ces leviers économiques collectifs qui servent à offrir du soutien ceux qui en ont le plus besoin.
23:49 Écrit par Guillaume Lamy 0 commentaire(s)
Libellés : capitalisme, la droite, la gauche, politique, économie
L'invention médiatique d'une crise sociale
samedi 23 août 2008

Tout scientifique doit avoir l'humilité et la sagesse de reconnaître les limites sa discipline. À les voir à l'oeuvre depuis plusieurs de jours, il faut impérativement s'interroger sur la pertinence du bombardement d'explications sociologiques élaborées pour expliquer l'émeute de Montréal-Nord.
Pour le dire autrement, faut-il toujours faire appel à la sociologie pour expliquer toutes actions commises par des êtres humains? Certainement pas.
Les éruptions de violence sporadiques ne sont pas l'exclusivité de la pauvreté tel qu’il en existe dans Montréal-Nord. La dégénération violente s'observe dans presque tout type de manifestation, peu importe les motivations qui en sont à l’origine. Qu'on pense aux hooligans, aux manifestations festives à la suite des victoires du Canadien en série éliminatoires, aux manifestations étudiantes où aux manifestations altermondialistes; on rencontre souvent, dans ce genre de mouvements de masses improvisés, des groupuscules violents qui profitent des opportunités pour créer le chaos.
Pour le cas qui nous intéresse ici, la psychologie des foules se révèle être d'une bien meilleure utilité que la sociologie pour comprendre le déroulement des événements de Montréal-Nord.
Comment fonctionne donc la psychologie des foules?
D'un, structurellement lors des attroupements massifs, les casseurs profitent de la désorganisation pour l'amplifier. De deux, la gigantesque supériorité numérique de la foule par rapport aux forces de l'ordre assure une certaine impunité dans l'immédiat. Prise individuellement, la psychologie de chaque casseur raisonne selon un mode plutôt simple : « puisque la casse compte beaucoup de participants, il serait peu probable que je me fasse arrêter pour avoir fait ce que beaucoup d'autres font ». L’état d’esprit du casseur est analogue à celui du poisson dans son banc : « le requin (le policier) attrapera le voisin, pas moi : donc, je casse, je pille, je brûle; bref, je suis le mouvement ».
Pour résumer, l’émeute de vendredi demeure pour l’instant un épiphénomène pour lequel la sociologie ne peut établir que très peu de liens de causalité. En revanche, si ce genre de phénomène est reproduit à répétition par des gens qui ne font pas parties de groupuscules criminels (contrairement à ce qui été observé dans l’émeute en question) nous pourrons sociologiquement nous intéresser à la chose. Pour l'instant l'Événement est sporadique en plus d’avoir été commis par des individus dont la violence est la marque de commerce. Au lieu de voir dans cette émeute une expression d'un malaise communautaire (quoique bien réel) explicable sociologiquement, il serait plus sage d'y voir un cas commun de casse orchestré par des casseurs opportunistes.
23:00 Écrit par Guillaume Lamy 1 commentaire(s)
Libellés : immigration, psychologie, sociologie
S'inspirer de la littérature pour enfant
mercredi 9 juillet 2008
Beaucoup d'universitaires sont atteints d'une plaie galopante. Leur écriture est si illisible qu'elle réussit à rendre analphabète 98 % des gens qui savent lire. Pour citer un sociologue célèbre :
Le rêve positiviste d'une parfaite innocence épistémologique masque en effet que la différence n'est pas entre la science qui opère une construction et celle qui ne le fait pas, mais entre celle qui le fait sans le savoir et qui, le sachant, s'efforce de connaître et de maîtriser aussi complètement que possible ses actes, inévitables, de construction et les effets qu'ils produisent tout aussi inévitablement. (BOURDIEU. La misère du monde, Seuil, Paris, 1993, p.905)
Pierre Bourdieu. Voici, en un nom, le résumé de l’ironie la plus décevante du monde universitaire : des chercheurs-professeurs universitaires incapables de communiquer le travail pour lequel ils sont payés – à fort prix.
Une part du problème d'incompatibilité entre langue universitaire et langue populaire repose dans une fâcheuse manie qu’ont les auteurs du premier groupe. Cette manie consiste à vouloir faire passer un trop grand nombre d'idées dans une seule phrase.
Sans prétention scientifique, il me semble que le cerveau humain tolère difficilement les phrases de plus de trois lignes (50 mots). Au-delà de ce seuil, la mémoire tampon (qu'on estime allant de 7 à 10 secondes) est saturée et devient inefficace. La mémoire tampon est cette capacité qui consiste à pouvoir garder en mémoire une information sans se concentrer pour y arriver ; tel qu'un numéro de téléphone, un nom de rue, le début d'une phrase etc. Après un certain temps (7 à 10 secondes) s'il n'y a aucun effort investi pour se rappeler de l'information placée dans le tampon : celle-ci est effacée.
Faites le calcul, lisez une phrase de plus de 50 mots. Le temps requis dépassera souvent la limite maximale de la mémoire tampon; chose qui contreviendra à cette faculté mnémonique inévitablement sollicitée lors de la lecture. Ce principe explique pourquoi les longues phrases sont généralement illisibles; et pourquoi aussi, il est toujours nécessaire de les relire plusieurs fois pour achever leur compréhension.
Outre le format de la phrase, comme il a été dit, la volonté propre à beaucoup d'intellectuels qui est de vouloir faire passer trop d'idées en même temps nuit simplement à l'absorption de tout ce qui est contenu dans la phrase en question. En lisant certaines nouvelles du Marquis de Sade, une chose nuit inévitablement à la compréhension du lecteur : l'entrée massive de plusieurs personnages dès la première page. Avoir à assimiler les caractéristiques de huit personnages ayant des goûts, des rôles, des origines spécifiques, et ceci dans un contexte particulier (géographie, époque) est trop demandé en si peu de lignes.
Cette maladresse propre à beaucoup de pièces de théâtre et de romans est également, et très fréquemment, présente dans la littérature universitaire. Dès la première page, l'auteur fait référence à plusieurs de ces collègues, manipule des concepts hautement abstraits sans s’y attarder, souligne et prend position sur des débats universitaires sans les résumer. Voilà, assurément, le meilleur moyen pour emmerder la grande majorité des lecteurs et pour leur faire abandonner l’activité illico.
Comme ailleurs, voilà donc pourquoi il faut s'inspirer de la littérature pour enfant dans un texte universitaire. Dans tous les romans pour enfants, les personnages sont présentés un à un. On prend bien le temps de décrire spécifiquement les caractéristiques de chacun. On évite au lecteur d'avoir à ouvrir le dictionnaire plusieurs fois par phrase pour être compris. On évite les longues phrases qui contreviennent aux facultés mnémoniques primaires, etc.
Avant de se plaindre de l'absence d'intérêt populaire envers les travaux universitaires, comme dans tout, il est souvent plus productif de s’adonner un exercice d’autocritique. Cette activité, qu'on oublie trop souvent, permet de résoudre bien des situations problématiques (tel que l’absence d’un lectorat quantifiable pour la littérature universitaire) puisque la personne visée est déjà consciente du problème ; quand elle n’est pas directement à sa source.
11:05 Écrit par Guillaume Lamy 1 commentaire(s)
Libellés : Communication, discours, dégel frais université, Lire, pragmatisme
Du grégarisme en milieu intellectuel
mardi 20 mai 2008
Fréquenter des personnes avec qui nos idées concordent est toujours stimulant. Ne pas se sentir seul à raisonner d’une façon particulière a de quoi réjouir. Or, se regrouper en fonction de notre façon de penser n’est pas sans risque.
Le grégarisme est cette dynamique sociologique primaire qui représente la tendance naturelle qu'ont les êtres humains à vivre en groupe. Or, quoique naturel, le grégarisme applique un lot d'effets bien connus sur le comportement des individus. Simplement, le grégarisme mène tôt ou tard à l'uniformisation des membres du groupe. Les mécanismes de socialisation sont sans pitié. Tous les travaux ethno, anthropo et sociologiques le confirment : pour faire partie d'un groupe, il faut ressembler aux membres du groupe; sans quoi l’individu est marginalisé et ostracisé; phénomènes qui l’empêcheront évidemment de faire partie du groupe en question…
La ressemblance des membres est le socle et le lien de tout groupe. Appliqué à un milieu d’intellectuels, cet effet compromet souvent ce qu'il y a de plus riche chez ceux-ci : la fin de la rivalité et de la singularité des idées; choses qu’on peut considérer comme étant à la base de toute diversité.
Par définition, un intellectuel est un cheval sauvage, libre, farouche qui refuse de se faire guider. Forcément, si deux intellectuels ont toujours les mêmes opinions sur tous sujets : l'un d'eux n'est pas un intellectuel, mais un disciple.
Chercher à comprendre est l’activité par excellence de tout intellectuel. Or, et c’est en cela qu'il pose problème, le grégarisme met fin au doute qui devrait normalement animer le cerveau de celui qui s’adonne à cette activité. Le doute est le moteur de la réflexion. Qu'il découle d'un dogme, d'une doctrine ou d'un cadre idéologique, l'inconvénient du grégarisme intellectuel est qu'il fournit souvent d'avance les réponses aux questions auxquelles l'intellectuel devrait être soumis…
Parallèlement, le grégarisme intellectuel mène souvent à l'isolement du groupe dans l’espace public. Ce retranchement réduit de facto le contact et le dialogue avec la diversité; condition nécessaire à la qualité de toute pensée. L’isolement découlant du grégarisme se retrouve évidemment à la base du processus de radicalisation qu'on peut observer dans plusieurs milieux militants. En ce sens, la dynamique du grégarisme explique de nombreux dérapages qui surviennent de temps à autre chez plusieurs groupes militants.
Toute personne cherchant à être un véritable esprit libre se doit absolument d’éviter l’isolement en tombant dans le piège du grégarisme. Fréquenter des gens, brillants, qui pensent différemment et chercher à comprendre son plus redoutable adversaire a de quoi ébranler : mais rien ne tremble sans raison. Une exposition permanente aux autres nourrit la condition foncière à toute pensée originale et intelligente : la rivalité des idées. Cette rivalité se présente comme un processus de sélection où les meilleures idées survivent et où les moins soutenables sont évacuées. Cette concurrence intellectuelle est naturellement neutralisée par le grégarisme qu’on rencontre dans plusieurs milieux militants. Garder ses distances par rapport à ce genre de groupe a quelque chose de bénéfique : ceci permet de garantir l’indépendance d’esprit; garantie plutôt difficile à obtenir dans ce genre de milieux où, souvent, trop de gens se ressemblent beaucoup trop.
11:42 Écrit par Guillaume Lamy 1 commentaire(s)
Libellés : Communication, philosophie, Religion, sociologie
La liberté dans le refus
vendredi 11 avril 2008
On se méprend souvent sur la nature de la liberté. Souvent décrite comme l'absence de manque, on présente la liberté comme étant la satisfaction automatique de la moindre envie. Considérer la liberté uniquement comme un synonyme de satisfaction instantanée est insuffisant.
Associer la liberté au pouvoir de consommer ce que l'on veut quand on le veut est une vision très réductrice de ce qu'est la liberté. La liberté ne s'arrête pas au pouvoir d'achat. La liberté se trouve également dans le refus.
Dans le refus de tuer. Dans le refus de se prostituer. Dans le refus de vendre ses organes. Dans le refus de dominer les autres ou de leur nuire.
La liberté doit être vue comme le pouvoir de définir sa vie comme on l'entend en pleine harmonie avec ses principes moraux. Définir son rapport au monde par soi-même se distingue nettement de la notion de pouvoir d’achat.
22:21 Écrit par Guillaume Lamy 3 commentaire(s)
Libellés : capitalisme, philosophie, économie
Libre malgré la religion
lundi 7 avril 2008
La religion n'est plus ce qu'elle était au Moyen-Âge. Autrefois globalisante et omniprésente, la religion régnait sur toute activité humaine; des gestes, aux mots; jusqu'aux pensées – d'où l'existence de nombreux péchés liés à l'état psychologique du sujet, tel que le péché de l'envie...
Le péché renvoyait automatiquement à la culpabilité. Culpabilité de ne jamais agir comme il le faut selon des règles qu'on ne pouvait rejeter sans se criminaliser davantage… Dès la naissance l'humain était donc coupable. Coupable d'exister : tel que le symbolise parfaitement l'idée du péché originel. Le sujet devait donc se racheter, toute sa vie durant, par la soumission perpétuelle à des commandements divins contre lesquels il n’avait aucun droit de parole.
En aucun lieu ni terrestre ni psychique l'humain ne pouvait échapper à la religion. Le pêcheur devait tout confesser puisque de refuser de se prêter à l'exercice accablait d'encore plus d'infraction...
En plus de régner sur tout lieu public, en faisant du secret un interdit, la religion se retrouvait donc à rendre impossible l'existence de la sphère privée. Dans de telles circonstances; impossible de faire preuve de liberté. Rien ne pouvait concerner le sujet directement en faisant appel à son autonomie morale. Tout relevait de Dieu. L’humain existait pour servir.
Politiquement, la religion n'était ni séparée de l'État ni distincte de lui. La religion était l'État. Toute volonté religieuse se retrouvait automatiquement à devenir une réalité légale ou tout élément contrevenant serait puni et corrigé. L'État ne se présentait pas comme la limite de la religion. L'État était l'expression de la volonté religieuse.Dans de telles conditions, il devient facile de comprendre pourquoi la religion était en soi une domination...
Or, les choses ont changé depuis la fin du Moyen-âge. L'État régule maintenant la religion et non l'inverse. Celle-ci doit être légale. La religion doit se conformer aux principes du droit qui octroie à toute personne le droit de la rejeter.
Le rapport de supériorité entre religion et État bascule avec l'avènement de la modernité...
Malgré cela, de nos jours, même dans les démocraties avancées, des gens restent dominés par la religion; c'est un fait. Certains avancent l’idée d’abolir simplement toute forme de religion pour venir à bout de ce problème séculaire. Or, pour faire un parallèle pertinent, des hommes, des femmes et des enfants sont également dominés dans leur milieu familial. Devrions-nous abolir la famille pour autan?
La liberté réside dans le pouvoir de définir librement les relations que nous entretenons avec les autres; qu’elles soient familiales, professionnelles ou religieuses. C'est en cela que les choses ont vraiment changé.
Il est maintenant possible pour une personne de définir librement le lien qu'elle désire entretenir avec la religion. Si, en tout regret, une personne n'est pas en mesure d'y arriver : prohiber toute religiosité risque de restreindre simplement la liberté de ceux qui pratiquent une religion en toute liberté de conscience.
Des gens restent donc dominés par des formes religieuses. Pour remédier à cette situation regrettable sans faire appelle à des solutions liberticides, pourquoi ne pas renfoncer la liberté elle-même en s’assurant que tout individu soit en mesure de faire preuve de liberté de conscience par rapport à la religion? Envisagé de cette façon, ceci permet de remédier à certaines formes de domination sans les remplacer par d’autre forme d’autorités incarnées dans une panoplie d’interdits infantilisants.Éduquer plutôt qu’interdire. Construire des Hommes libres plutôt que d’aménager une société sous forme de prison… Immuniser plutôt qu’aseptiser sans cesse. N’est-ce pas là la meilleure approche pour s’assurer que toute personne puisse définir librement son rapport à la religion?
22:55 Écrit par Guillaume Lamy 0 commentaire(s)
Libellés : philosophie, politique, Religion, éthique
Provoquer
samedi 29 mars 2008
Deux solutions se présentent à tout conflit quel qu'il soit : le dialogue ou l'affrontement. Un conseil. Lors d'un litige, même devant l'impasse, surtout: ne jamais jamais rompre le dialogue. Pourquoi? Parce qu'inévitablement, rompre le dialogue mènera tôt ou tard à l'affrontement; phénomène qui n'apaise jamais le conflit – au contraire...
Présentement, les relations entre le monde musulman et l'Occident sont tendues. La gestion de ce conflit devrait s'inspirer du principe formulé ci-haut. Quiconque cherche à apaiser les relations entre les deux parties devrait avant tout inviter au dialogue et éviter à tout prix que l'exercice ne soit rompu.
S'interdire de voir une représentation du Prophète Mahomet relève inévitablement du dogme. En soi, le dogme est source de domination. Malgré ceci, quiconque cherche à dialoguer avec le monde musulman devrait conséquemment éviter d'offenser son invité en lui présentant des formes que ce dernier refuse de voir.
Insulter la personne avec laquelle nous cherchons le dialogue fait preuve d'un évident manque de conséquence entre les moyens et la fin recherchée.
Du côté occidental, la solution ne repose pas dans la censure, mais dans un exercice de compréhension de l’autre. Compréhension qui consiste à informer du fait que toute position dogmatique (telle qu'il en existe dans le monde musulman) n'évolue pas dans la provocation, mais par un échange culturel sainement entretenu.
Sociologiquement, le conflit renforce l'affirmation identitaire et radicalise les positions. Provoquer ne fait qu'accentuer cette dynamique. Logiquement, quiconque provoque le monde musulman en croyant que ceci le fera évoluer travaille donc contre son propre objectif.
22:47 Écrit par Guillaume Lamy 1 commentaire(s)
Libellés : Communication, discours, moyen-orient, philosophie, politique
L'art de la critique intégrale, rigoureuse et pertinente
jeudi 27 mars 2008
Les dialogues de sourds sont nuisibles. Ils tuent. Ils mettent fin à ce qu'il y a de plus important dans le monde intelligent : l'écoute. Lexicalement, l'amalgame des mots dialogue et sourd renvoie évidement à une contradiction : il ne peut y avoir dialogue sans écoute...
Cet oxymoron est symbolique d'une plaie majeure dans le monde des idées : l'intransigeance. Cette attitude est désolante. Pourquoi donc? Parce qu'elle incarne en elle-même la fin du débat; son refus évident. Débattre n'est pas contredire l'autre sur tout ou l’affronter jusqu’à la pulvérisation. Débattre et critiquer sont avant tout des processus constructifs reposants sur l'ouverture à l'autre, sur la réflexion avec l'autre et sur la complémentarité des idées. En lui-même, le débat est une invitation.
Pour lutter contre le dialogue de sourds et pour remédier aux débats inutiles, voici une charte (expérimentale et à approfondir) pour guider l'exercice en question.
Lors de toute critique :
- éviter tout procès d'intention adressé à l'autre;
- toujours chercher à comprendre l'autre;
- tenter de résoudre les impasses que suscite le discours étudié en se plaçant dans la subjectivité de l'auteur critiqué;
- se rappeler que dans presque tous les cas, notre adversaire de débat est intelligent;
- ne jamais entamer la lecture d'un texte en ayant pour ambition préalable de le démolir ou de le rejeter. Un auteur peut certes être de mauvaise foi, mais un lecteur peut aussi l'être; chose nuisant de facto à la crédibilité de la critique;
- relire, relire, relire. Relire lorsqu'on ne comprend pas et relire lorsqu'on croit comprendre;
- prendre une pause (une heure? une journée? un mois?) ;
- relire;
- relire sa critique;
- retrancher tout ce qui contrevient à tout ce qui a été dit précédemment;
- adoucir les termes, nuancer et retirer tout ce qui pourrait rendre émotif la personne critiquée;
- éliminer toute phrase ambiguë;
- se placer dans la subjectivité de celui qui recevra la critique. Effacer ou redire autrement ce qui pourrait engendrer du débat inutilement.
Avant, pendant et après avoir écrit la critique, se poser la question : « et si l'autre avait raison? ». Si « oui », dire merci à l'autre. Sinon publier.
22:54 Écrit par Guillaume Lamy 1 commentaire(s)
Libellés : Communication, discours, philosophie, éthique
L'insulte
vendredi 30 novembre 2007
Contrairement à ce qu’en pensent certains commentateurs, l'insulte n'a aucune légitimée dans un discours qui se veut dénonciateur. Même pour décrire les pires infamies ou pour décrire les pires injustices; l'insulte est toujours de trop.
Insulter c'est se discréditer. Insulter est médiocre. Même lors de la plus grande injustice, insultez contribue à niveler vers le bas en jouant le jeu des faibles. La boue salit les mains de celui qui la lance, peu importe la cible.
En lisant Marthin Luther King Jr., une réalité saute aux yeux : pas une seule insulte, pas la moindre injure. Ce qu'il dénonçait était pourtant digne de beaucoup de haine. Pour faire comprendre l’ampleur des injustices de son époque, King a décidé de s’adresser à l’intelligence des gens. Il l’a fait en décrivant la réalité comme elle était. Durement, oui, mais sans vocabulaire scatologique, sans vulgarité et surtout sans mépris.
Dignement, il a dénoncé. Et c'est tout aussi dignement qu'il obtient la faveur du public.
La dignité est ce genre de principe philosophique dans lequel la fin et les moyens entretiennent une relation mutuellement exclusive. Insulter pour dénoncer, contrevient au principe de dignité. Voilà pourquoi il faut, aussi, dénoncer l’insulte.
00:10 Écrit par Guillaume Lamy 3 commentaire(s)
Libellés : Communication, discours, philosophie








