Sur la nature de l'antinomie gauche droite
mercredi 15 août 2007
Historiquement, l’étiquetage idéologique entre les courants dits « de gauche » ou « de droite » découle de la révolution française. Suite à la composition de tout le corps politique en une « assemblée nationale » en 1796, une répartition bien claire s’est établie dans la distribution des sièges de l'hémicycle. Les élus issus des mouvements révolutionnaires se sont assis dans les sièges situés à la gauche du président, alors que les mouvements conservateurs prirent ceux de droite.Depuis ce temps, on a retrouvé du côté droit : les monarchistes, les traditionalistes, le clergé et les réactionnaires; tous en faveur du maintient de l'ordre établi. À gauche, d'autres acteurs se sont faits connaître : les libéraux, les radicaux, les anarchises et les communistes qui se trouvaient, en fait, à être des mouvements révolutionnaires pour leur époque.
La conception initiale de l'opposition gauche/droite reposant sur l'antinomie conservatisme/réformisme est encore d'usage de nos jours, mais se retrouve de moins en moins applicable à l'analyse politique.
Un exemple intéressant nous permet de comprendre pourquoi il en est ainsi : il s’agit du débat concernant l’imposition de règles vestimentaires dans les écoles secondaires.
Beaucoup de gens se disant « de gauche » affirment être en faveur du retour de l'uniforme ou du code vestimentaire à l’école secondaire. On argue que l'école est un lieu d'apprentissage avant tout et que ceci prime sur la libre expression identitaire des ados. Conséquemment, un certain code vestimentaire permettrait de limiter les dérives de l'hyper-indentification des jeunes entraînant de facto une nouvelle dynamique dans les lieux d'apprentissage.
Bref, peu importe que cette mesure soit pertinente ou non; il est simplement faux de croire qu'il s'agit d'une mesure de gauche. Au contraire il s'agit d'une façon de faire qui est le propre de la droite (et même de la grosse droite réactionnaire) puisque le code vestimentaire était appliqué auparavant. Une telle mesure mérite sans exagération l’étiquette de mesure « réactionnaire », puisqu’elle prône le retour à ce qui se faisait avant.
C'est suite à de nombreuses luttes pour la libéralisation des moeurs dans bon nombre de domaines que les libéraux (groupe faisant partie de la gauche) des années 1960 et 1970 ont progressivement contribué à la disparition massive des règles d'habillement dans les institutions.
Bref, on pourrait en dire autant de la motivation prônant l'abolition de la mixité sexuelle dans les salles de classes. Quiconque étant en faveur d'un tel retour en arrière présente donc des idées de droite.
Voilà ce qui en est de la définition historique de l’antinomie gauche/droite. Cette conception quelque peu rouillée peut mener à de bonne confusion comme l’exemple précédent a bien su le démontrer.
Néologisme
Voyons maintenant une définition plus à jour de l'antinomie gauche/droite.
Une nouvelle définition du concept classe les idéologies en fonction du rôle qu’elles confient à l’État et à l’individu. La division du nouveau spectre idéologique repose donc sur l’attribution des responsabilités sociales qu’on offre à un de ces deux acteurs.
Plus précisément, la définition de l’antinomie idéologique se fonde sur la façon dont on envisage de structurer l’activité sociale. Ainsi, on dit qu’une idée est de gauche lorsqu’elle opte pour une solution allant du « haut » vers le « bas ». Le « haut » correspond au pouvoir législatif, alors que le « bas » représente les individus (le comportement des citoyens) vivant dans une communauté politique.
À l’inverse, une idée de droite cherche une structuration allant du « bas » vers le « haut ». Cette façon de voir le monde mise avant tout sur la responsabilité des individus pour structurer l’activité sociale.
Un bon débat d’actualité permet de bien saisir la distinction entre la droite et la gauche, c’est le débat concernant la taxation de la malbouffe. On sait, et son nom le dit, que la malbouffe est mauvaise pour la santé. On considère également que la consommation de ce type de nourriture constitue un problème de santé publique dû aux coûts médicaux découlant du traitement de l’obésité chez les citoyens.
Ainsi, tant à gauche qu’à droite, on propose des solutions pour remédier au problème social en question. Tous deux cherchent à favoriser de saines habitudes de consommation tout en permettant d’économiser de l’argent public. Voyons les deux solutions en question.
Solution de gauche
À gauche, on suggère des mesures législatives. Interdire l’utilisation des gras trans et taxer fortement toutes les sortes d’aliments jugés mauvaises pour la santé. Voilà un bon exemple d’une mesure allant du « haut » vers le « bas » : un décision politique s’appliquant à l’ensemble de la société dans le but de mieux structurer l’activité (tel que l'alimentaiton) des individus eux-mêmes.
Solution de droite
À droite, on propose plutôt de miser sur le duo liberté/responsabilité individuelle. Conséquemment, l’État ne devrait imposer aucune restriction à la consommation de la malbouffe. Par contre, l’individu lui-même sera responsable des coûts médicaux auxquels pourrait encourir ses habitudes alimentaires. Logiquement, cette solution de droite, allant du « bas » vers le « haut », mise sur le calcul rationnel de l’individu voulant que ce dernier limite sa consommation de malbouffe pour éviter d’avoir éventuellement à en payer le prix médical.
Malheureusement, l’objet de ce billet ne permet pas d’analyser l’applicabilité de chacune des solutions énoncées. (Pour les intéressés, lisez ma position à ce sujet dans cet autre billet).
Ce billet avait pour objectif de soulever les distinguos entre ce qu’on appelle « la droite » et « la gauche » tout en permettant aux lecteurs de saisir qu’il est tout à fait possible qu’une même personne ait des idées de droite et de gauche tout dépendamment des sujets sur lesquels il prend position.
Évidemment.
GL
14:41 Écrit par Guillaume Lamy
Libellés : la droite, la gauche, malbouffe, politique
4 commentaire(s):
- At 18 août 2007 12:36 Épistémè said...
- Ce message a été supprimé par l'auteur.
- At 18 août 2007 12:45 Épistémè said...
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Ne rajouterions-nous pas qu'au niveau strictement économique, la gauche priorise des mesures de distribution de la richesse, tandis que la droite préconise la croissance, d'abord et avant tout.
Donc, la gauche tend
vers des taux d'imposition élevés, impôts aux entreprises, aide social, plus radicalement la collectivisation de la propriété etc.
Tandis que la droite favorise la stabilité macroéconomique...(inflation, taux d'emploi, PIB etc), l'austérité budgétaire, et ainsi de suite...
ça fait toute la différence dans l'antinomie gauche-droite sur la façon dont on déploye la richesse de la nation...
Car tes énoncés, si je n'm'abuse ne couvrent pas toute la définition de la gauche. Après tout, les anarcho-communistes, farouchement opposés à l'instance étatique et à son intervention, sont aussi de gauche..
Maintenant Si on le prend en fonction de certains rôles attribués aux individues, nous divergerons surement..
Mais bon, je me suis aussi peut-être perdu dans les complexités de la question.
Episteme - At 18 août 2007 23:00 Guillaume Lamy said...
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En ce qui concerne l'économie, vous avez raison. Je m'incline à vos arguments. Or, permettez-moi de me justifier pour ce manquement.
L'objet de mon billet était de mettre au clair l'origine historique du spectre gauche-droite pour ensuite dégager les fondements contemporains de la transformation du concept en question.
La seconde partie du billet voulait justement éviter de présenter la gauche et la droite en fonction de positions politiques spatio-temporelles.
Je tenais avant tout à présenter un cadre analytique contemporain permettant d'interpréter les idées dans le but de savoir si elles pouvaient être qualifiées de droite ou de gauche. Le cadre correspond donc à l'orientation avec laquelle on envisage de structurer l'activité sociale; du haut vers le bas ou inversement.
En espérant que cette précision ait su sauver la pertinence de ce billet.
Content de découvrir qu’on a lu un de mes billets avec attention.
GL - At 6 avril 2008 23:00 Guillaume Lamy said...
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Plusieurs critiques ont été faites de ce cadre d'analyse. Elles m'ont toute aidé à parfaire ledit cadre... et à en rejeter une partie.
Je remercie donc :
Épistémè (commentaires ci-haut);
Jonathan Hamel (dans son blog qui n'existe plus); et,
Yvan St-Pierre.
Merci pour la critique.
